Gesar de Ling : Introduction

La tradition humaine de l’art du guerrier

Gesar représente le guerrier idéal, le principe de la confiance toujours victorieuse. En tant que force centrale de la santé d’esprit, il vainc tous ses ennemis que sont les forces maléfiques des quatre directions… Ces ennemis représentent les différentes manifestations de l’esprit lâche que le guerrier idéal subjugue grâce au pouvoir de sa confiance invincible.

– Le Vidyadhara, Vénérable Chögyam Trungpa Rinpoché.

Gesar et les enseignements de l’art du guerrier apparaissent à une époque où le monde se trouve en pleine tourmente :

La situation mondiale actuelle est une source d’inquiétude pour tous : menace d’une guerre nucléaire, pauvreté et instabilité économique généralisées, chaos social et politique, bouleversements psychologiques de toutes sortes. Le monde est dans un état d’agitation totale. Les enseignements Shambhala se fondent sur la prémisse qu’il existe réellement une sagesse humaine fondamentale qui peut nous aider à résoudre les problèmes du monde… Il s’agit d’une tradition humaine de l’art du guerrier, qui a existé dans de nombreuses cultures et à bien des périodes de l’histoire.

Par art du guerrier, nous n’entendons pas le fait de faire la guerre à autrui. L’agression est la source de nos problèmes, non pas leur solution… C’est la tradition de la vaillance humaine, la tradition du courage…

L’art du guerrier signifie ici réaliser le pouvoir, la dignité et l’état d’éveil qui sont naturellement présents en chacun d’entre nous en tant qu’êtres humains… Il s’agit de réveiller notre confiance humaine fondamentale qui nous permet de nous réjouir, de cultiver le sens de la vision et de réussir ce que nous faisons.

– Le Vidyadhara, Vénérable Chögyam Trungpa Rinpoché. (Shambhala : La voie sacrée du guerrier, Seuil, Paris.)

Qui est Gesar ?

Gesar : l’aspect externe

Gesar de Ling, un guerrier éveillé, crée l’harmonie et la paix en temps de crise et de guerre

D’après les récits, Gesar le roi-guerrier légendaire, vécut dans le royaume de Ling, situé au Tibet oriental, à une époque où le dharma (les enseignements bouddhistes) était menacé. D’après certains, il vécut au 11e siècle, alors que d’autres le situent au 13e siècle.

Gesar est lié à une période critique de l’histoire du Tibet. Sous le règne de Songtsen Gampo, le Tibet avait atteint le sommet de sa puissance politique et le maximum de son expansion territoriale, depuis la vallée du Gange dans le sud jusqu’en Chine à l’est. Trisong Detsen, petit-fils du roi, implanta le dharma au Tibet en y invitant Padmasambhava ou Guru Rinpoché et l’abbé Shantarakshita. Après la mort du Roi Ralpachen, sous le règne de Langdharma, le dharma fut persécuté, précipitant la chute de la nation tibétaine. Il n’y avait plus de véritable souverain central, et le dharma subit de graves destructions. Des forces négatives surgirent alors sous la forme de souverains de petits royaumes, propageant le règne de la terreur. C’est alors que Gesar se manifesta en tant que roi-bodhisattva sous une forme courroucée. Des événements de ce genre pourraient encore se reproduire jusqu’à ce que le 25e Rigden se manifeste.

Jigme Gyetrul Rinpoché

Gesar of Ling Introduction

La vie de Gesar, ses aventures et ses victoires sur les ennemis du dharma sont encore narrées et chantées de nos jours par les bardes du Tibet, de la Mongolie, de la Chine et du Pakistan septentrional. Elles constituent la trame de l’Épopée de Gesar, que les érudits considèrent comme étant la plus longue épopée orale de toute la littérature mondiale existante.

Voici les principes qui forment les thèmes récurrents de l’Épopée de Gesar : le cheval du vent (lungta), la présence authentique (wangtang), la confiance et la dignité (ziji) et la présence enrichissante (yang). Ce sont ces mêmes principes qu’enseigne le Vidyadhara Chögyam Trungpa Rinpoché à travers les textes de Shambhala. De nombreux Tibétains les mettent en pratique pour obtenir du succès dans la vie quotidienne.

On invoque Gesar, figure des contes populaires, afin qu’il nous accorde lungta, wangtang et ziji. Mais on l’invoque également en tant que protecteur du dharma. Sans l’activité de Gesar, le dharma n’aurait pas pu s’épanouir au Tibet comme il l’a été.

Jigme Gyetrul Rinpoché

Il y a cependant un autre aspect à Gesar :

Gesar : l’aspect interne

Gesar le guerrier-bodhisattva qui favorise la société éveillée

L’aspect interne de Gesar ne pouvait être révélé par les bardes, mais uniquement par des tertöns, découvreurs d’enseignements spirituels cachés (terma) qui étaient destinés à être découverts au moment propice et lorsque les gens en auraient réellement besoin. Le Vidyadhara Chögyam Trungpa Rinpoché était un de ces tertöns. Il a déclaré avoir reçu les textes termas de Shambhala directement de Gesar, qui d’après lui était une manifestation de Padmasambhava.

Gesar est considéré comme une entité ou force spirituelle, à qui obéit le monde des dralas – entités ou énergies qui nous aident à vaincre l’agression et les forces négatives et à créer l’harmonie dans la société humaine. Ces entités ou énergies aident les êtres humains à dépasser l’esprit étroit et l’hésitation égoïste, favorisant ainsi un état d’esprit de joie qui peut rayonner la confiance, la paix et la dignité. Dans ce contexte, parfois Gesar est décrit comme étant lui-même un drala transcendant ou éveillé appelé werma.

Gesar est également invoqué diversement en tant que chacune des trois racines – le guru, le protecteur et la déité de la méditation (yidam) – au cours de pratiques spéciales découvertes ou composées par des grands yogis et érudits du Tibet tels que Ju Mipham le Grand ou Khyentsé le Grand.

Son Éminence Namkha Drimed Rinpoché est reconnu comme étant un des principaux et aussi un des derniers détenteurs vivants des termas de Gesar de Ling. Il rencontra Chögyam Trungpa Rinpoché au Tibet en 1959 avant leur évasion vers l’Inde. Ils avaient en commun leur lien étroit avec Gesar et Shambhala. Namkha Drimed Rinpoché reçut alors des enseignements de la part de Chögyam Trungpa Rinpoché. Par la suite, il a dévoilé plusieurs cycles d’enseignements et de pratiques liés à Gesar, qui recèlent les enseignements les plus profonds et les plus élevés du Tibet (i.e., le dzogchen).

Dans son aspect interne, Gesar est considéré comme une manifestation du bodhisattva Avalokiteshvara et de Padmasambhava. Il a également un lien étroit avec Hayagriva (Celui à la Tête de Cheval), la déité courroucée, ainsi que Magyel Pomra, le protecteur local du Tibet oriental.

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